Réplique : l’importance des faits… et du dialogue

27 mars 2019

Cher Michel,

Je dois vous avouer que c’est avec grand plaisir que j’ai appris l’intérêt qu’a suscité notre lettre ouverte, au point de justifier une réaction de votre part, dans La Presse + en plus. Je suis d’ailleurs bien heureux que vous soyez prêt à laisser la chance au coureur.

Des arguments pertinents

J’aborde les inégalités depuis plusieurs années maintenant lors de conférences et de cours, incluant à l’Université de Montréal et à l’Université McGill. L’une des petites fiertés que j’en tire est que je présente la plupart des arguments expliquant la hausse récente des inégalités de revenus, qui sont tant d’origines économique et sociale que politique. Je présente certains arguments favoris de la gauche comme de la droite. Leur niveau de preuve empirique les appuyant est mon critère principal de sélection.

Vous serez donc heureux d’apprendre qu’effectivement, « l’accouplement assortatif » – le fait que les personnes plus aisées financièrement tendent à se marier davantage entre elles, accroissant les inégalités de revenus selon le ménage – fait partie des explications que j’aborde. L’Observatoire tentera d’ailleurs d’en évaluer l’effet sur l’évolution des inégalités au Québec, comme il le fera pour les autres principales causes identifiées dans la littérature scientifique.

Idem pour les enjeux propres aux choix de sociétés que nous faisons collectivement quant à la redistribution et la régulation de l’économie. L’important est de bien connaître l’ensemble des coûts et bénéfices de ces choix. Les constats de la science, ou leur absence lorsque c’est le cas, peuvent nous éclairer à cet effet. Là est le cœur de la mission de l’Observatoire québécois des inégalités.

Un biais en faveur de la science

Peut-être y a-t-il un malentendu quant à l’approche que nous privilégierons. Notre point de départ, notre mission est de favoriser la réduction des inégalités de revenus, d’opportunité et de qualité de vie lorsqu’elles sont trop élevées – c’est-à-dire lorsqu’elles génèrent des coûts importants pour l’économie et pour la société – en mobilisant et en vulgarisant des connaissances scientifiques qui sont objectives, rigoureuses et accessibles.

Concrètement, nous évaluerons l’impact des politiques et des pratiques sociales sur les inégalités, ainsi que l’impact des inégalités sur la société, l’économie et la démocratie. L’Observatoire ne prend pas position en faveur de politiques et ne le fera pas. Nous existons pour éclairer le débat public, pas pour le faire à la place de la population et ses décideurs politiques, économiques et sociaux.

D’ailleurs, notre première publication – le Bulletin des budgets – se veut une belle illustration de notre parti pris en faveur de cela, en laissant la parole à un panel d’économistes et de spécialistes de toutes les disciplines et provenances. Vous reconnaîtrez plusieurs noms, dont certains sont même passés par votre organisation. Les membres du panel se sont prononcés quant à l’effet sur les inégalités des politiques mises de l’avant dans les budgets fédéral et provincial. Ce sont les consensus en sciences sociales qui en émergent, avec toutes les nuances que peuvent apporter ces spécialistes.

Des nuances à apporter

Je comprends votre intérêt à élargir les comparaisons à l’ensemble des pays du monde. Toutefois, l’Observatoire concentrera ses travaux sur la situation québécoise et aura à le comparer avec celle d’autres sociétés comparables, soit principalement des pays développés. En ce sens, nous ne prioriserons malheureusement pas les comparaisons avec des pays à la situation socioéconomique plus éloignée, comme le Bangladesh et le Sénégal.

Quant aux politiques publiques, l’Observatoire a pour mandat d’évaluer leurs effets, mais ne fera pas de recommandations. Je me permets toutefois de vous partager mon analyse personnelle quant à votre proposition que « l’État intervienne pour faire et défaire les couples ». Je doute notamment de son efficacité probable et de l’adhésion sociale qu’elle suscitera. Bien que celle-ci puisse effectivement réduire nominalement certaines inégalités de revenus, cela risque d’augmenter les inégalités de qualité de vie, l’une des trois inégalités que l’Observatoire abordera.  

Un constat qui dépasse les idéologies

Le constat que les inégalités ont augmenté et qu’elles ont des effets néfastes lorsqu’elles sont trop élevées est largement partagé par des organisations aussi diverses que l’OCDE, le FMI, le Forum économique de Davos, la Banque mondiale, l’ONU et Oxfam. Comme pour les changements climatiques, l’axe gauche-droite perd en pertinence et rallie désormais la grande majorité de la société. C’est pourquoi les plus de 120 signataires de la lettre ouverte à laquelle vous faites référence proviennent de toutes les sphères de la société.

En conclusion, je suis conscient que les attentes à notre égard sont élevées, que nous avons mis la barre haute et que notre crédibilité dépendra de notre capacité à éclairer le débat public avec des connaissances scientifiques plutôt que de l’influencer avec des idées, aussi pertinentes soient-elles.

Merci d’avoir entamé le dialogue et au plaisir de le poursuivre avec vous.

Nick


Ce billet a d’abord été publié sur le blogue de l’Observatoire québécois des inégalités.

Joseph Stiglitz reçoit un prix littéraire de l’Observatoire à Montréal

22 mai 2019

2Ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Nobel d’économie et professeur à l’Université Columbia, Joseph E. Stiglitz était de passage à Montréal le 29 avril dernier à l’invitation de l’Observatoire québécois des inégalités et du Festival littéraire international Metropolis Bleu. C’est devant plus de 800 personnes qu’il a reçu, à l’Université de Montréal, le Prix Anthony-Atkinson pour l’égalité, décerné pour son ouvrage Le prix de l’inégalité, paru en 2012.

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'économie et Nicolas Zorn, directeur général de l'Observatoire

Créé cette année par le Festival en partenariat avec l’Observatoire québécois des inégalités, le prix littéraire récompense un ouvrage érudit et accessible ayant contribué de façon significative au débat public sur les inégalités économiques et sociales, en avançant notamment des solutions pour les réduire. Il lui a été remis par Judith Atkinson, veuve d’Anthony Atkinson. La diffusion en direct sur la page Facebook de l’Université de Montréal a permis à près de 10 000 personnes de suivre l’événement à distance.

Une grande conférence sur les inégalités

Pour l’occasion, le professeur Stiglitz a aussi prononcé une grande conférence intitulée « Quand les inégalités créent du populisme et des crises ». Brossant un portrait des inégalités aux États-Unis et au Canada, il a expliqué que bien que les inégalités soient moins élevées au Canada, le pays n’échappe pas au climat actuel qui tend à augmenter les inégalités. Un des constats principaux de M. Stiglitz : au cours des 40 dernières années, le 1 % le plus riche a connu une forte hausse de ses revenus, tandis que le 90 % inférieur n’a pas vu de croissance significative.

M. Stiglitz a souligné que les familles Walton (Walmart) et Koch possèderaient autant de capital que 35 % de la population américaine. À l’échelle mondiale, le 1 % le plus riche a plus du quart de la croissance générée entre 1980 et 2016. En comparaison, le 50 % du bas en a capturé seulement 12 %. Et en 2018, 26 personnes posséderaient autant de richesses que la moitié de la population mondiale, soit l’équivalent de près de 4 milliards d’individus.

Ces inégalités ont un effet réel sur les membres de la société. Plus un pays est inégalitaire en matière de revenu, moins la mobilité sociale est aisée et moins il y a de chances égales pour tous.

Ces inégalités ont ainsi causé l’émergence de politiciens populistes en Europe et États-Unis. Toutefois, la montée du populisme est une fausse solution à de véritables problèmes. Il faudrait s’attaquer aux inégalités, mais le populisme aura plutôt pour effet de les exacerber.

Pour en savoir plus, cliquez sur le bouton ci-dessous pour visionner l’événement en différé.

Pour l’occasion, Joseph E. Stiglitz était aussi de passage sur le plateau de Gérald Fillion à RDI Économie pour une entrevue spéciale de 30 minutes, diffusée le 20 mai 2019. Cliquez sur le bouton ci-dessous pour la visionner.


Ce billet a d’abord été publié sur le blogue de l’Observatoire québécois des inégalités.

Élections fédérales : la majorité des partis proposent des politiques réduisant les inégalités

18 octobre 2019

Par Nicolas Zorn et Pierre Tircher

Lundi prochain, l’exercice démocratique que représente l’élection fédérale arrivera à son terme et le décompte des voix permettra de déterminer quel parti dirigera le pays durant les prochaines années. Pour recueillir le vote des citoyens et citoyennes, les partis tentent de convaincre en mettant de l’avant un projet de société qui façonnera le pays selon les valeurs qu’ils considèrent importantes. À leur tour, les citoyennes et citoyens évaluent ce projet et les différentes propositions qui le composent selon les valeurs qui leur tiennent à cœur.

Lorsqu’elles sont trop élevées, les inégalités causent une foule de problèmes pour la démocratie, la société et l’économie. D’où l’importance d’évaluer l’effet sur les inégalités que pourraient avoir les promesses électorales des partis politiques. Pour ce faire, l’Observatoire québécois des inégalités a mandaté 26 panélistes spécialistes des inégalités et des politiques publiques – provenant de 12 institutions et 10 disciplines différentes – pour évaluer l’impact sur les inégalités que pourraient avoir trois des principales promesses électorales de chacun des six principaux partis fédéraux. Ces spécialistes ont été choisis pour leur expertise sur le sujet et sur les mesures évaluées, allant de l’économie, le droit et la sociologie jusqu’à la fiscalité et la santé publique.

Tout comme une étudiante ou un étudiant reçoit un bulletin académique pour évaluer sa performance, les mesures des partis politiques ont reçu des notes en fonction de l’effet estimé sur les inégalités et le nombre de personnes touchées. A+ indique qu’une mesure réduirait considérablement les inégalités; E indique qu’une mesure augmenterait dramatiquement les inégalités. Ces notes extrêmes sont toutefois particulièrement difficiles à atteindre en pratique, puisqu’il est rare que les implications d’une mesure fassent consensus de façon aussi prononcée parmi une pluralité de spécialistes d’horizons différents. À noter, en aucun cas les notes distribuées dans ce bulletin ne sont attribuées à l’ensemble de la plateforme ou au parti politique en entier.

Impact des promesses électorales sur les inégalités

Parmi les 18 promesses analysées, le Nouveau parti démocratique propose les deux jugées les plus efficaces en matière de réduction des inégalités, avec une note de A. Ces deux mesures sont l’augmentation de l’impôt sur le patrimoine des familles riches et la création de logements abordables. À noter que sept autres promesses se trouvent tout juste derrière, avec une note de A- : 2 du Parti libéral du Canada, 2 du Parti vert du Canada, 2 du Bloc québécois et 1 du NPD.

Inversement, les deux promesses qui risqueraient le plus d’augmenter les inégalités, avec une note de D, sont proposées par le Parti populaire du Canada, soit l’abolition de l’impôt sur les gains en capital et la réforme de la fiscalité. Deux autres promesses risqueraient aussi d’augmenter significativement les inégalités, avec une note de D : le fractionnement des revenus de dividendes des familles (Parti conservateur du Canada) et l’atteinte de l’équilibre budgétaire en deux ans (Parti populaire du Canada).

À noter que seules trois promesses par parti ont été évaluées dans le cadre de cet exercice. Il ne s’agit donc pas d’une évaluation des plateformes électorales des partis, ni des partis eux-mêmes. Les promesses ont par ailleurs été présentées aléatoirement aux panélistes, sans mention du parti politique qui la proposait. La figure ci-dessous présente l’impact probable des mesures sur les inégalités.

Effet global de toutes les mesures analysées sur les inégalités

La majorité des partis ont été transparents et rapides à divulguer leurs plateforme électorale et cadre financier, particulièrement le Parti vert du Canada, le Parti libéral du Canada et le Bloc québécois. Le Parti conservateur du Canada n’ayant toujours pas dévoilé son cadre financier et sa plateforme électorale au moment d’envoyer le questionnaire aux panélistes, tout comme le Nouveau parti démocratique et le Parti populaire du Canada pour leur cadre financier, il a été plus difficile de réaliser l’exercice d’analyse pour ces trois partis. D’ailleurs, les promesses de certains partis étaient parfois avares des informations nécessaires pour permettre aux panélistes d’en estimer l’impact.

Portée de l’exercice

Un tel exercice comporte quelques limites. Ainsi, les résultats sont influencés par la composition du panel. De plus, certaines mesures sont complexes et peuvent avoir des effets ambigus ou contradictoires. Il y a plusieurs types d’inégalités dont il faut tenir compte : entre riches et pauvres, entre moins nantis et classe moyenne et entre mieux nantis et classe moyenne. Il en existe aussi entre hommes et femmes, jeunes et vieux, citoyens de longue date, nouveaux arrivants et Premières nations, et ainsi de suite.

Pour ces raisons, un exercice évaluatif des promesses électorales ne peut évidemment pas remplacer des études de cas poussées et spécifiques. Dans la mesure où celles-ci ne sont pas disponibles ou impossibles à produire dans un si court délai (à quelques semaines des élections), le Bulletin permet néanmoins de fournir une première impression informée, celle d’un panel d’experts, sur les différentes mesures mises de l’avant par les gouvernements. 

Toutefois, dans la mesure où l’accès aux données permettant d’estimer correctement les effets probables des diverses mesures mises de l’avant est le plus souvent très limité, les partis politiques préfèrent généralement mettre de l’avant leurs propres estimations pour convaincre les citoyens du bien-fondé de leurs mesures, et se gardent la plupart du temps d’en évaluer les effets après-coup. En ce sens, le Bulletin est également un appel à la transparence et à l’accessibilité aux données gouvernementales, tant pour les chercheurs que pour les citoyens. C’est surtout un premier pas dans une direction prometteuse, qui pourrait inspirer les gouvernements à mesurer systématiquement l’effet de leurs politiques sur les inégalités économiques et sociales, quitte à en faire une rubrique obligatoire de toue plateforme électorale. Cette décision contribuerait à éclairer leurs décisions par rapport à cet enjeu fondamental de nos sociétés et permettre des débats publics mieux informés.

Cliquez ici pour consulter le Bulletin des promesses électorales 2019, en connaître les faits saillants, l’ensemble des mesures analysées, la méthodologie, ainsi que les résultats détaillés.

Mesures retenues pour évaluation

Parti libéral du Canada

  • Mesure #1 : Allocation pour les nouveau-nés
  • Mesure #2 : Augmentation du montant personnel de base
  • Mesure #3 : Bonification de la Sécurité de la vieillesse pour les 75 ans et plus

Parti conservateur du Canada

  • Mesure #4 : Crédit d’impôt pour les prestations de maternité
  • Mesure #5 : Baisse du taux d’imposition du premier palier
  • Mesure #6 : Fractionnement des revenus de dividendes des familles

Nouveau Parti démocratique (NPD)

  • Mesure #7 : Impôt sur le patrimoine des familles riches
  • Mesure #8 : Augmentation de l’impôt sur les gains en capital
  • Mesure #9 : Création de logements abordables

Parti vert du Canada

  • Mesure #10 : Gratuité scolaire au collégial et à l’université
  • Mesure #11 : Taxe sur les robots
  • Mesure #12 : Élimination de la déduction pour option d’achat d’actions

Parti populaire du Canada

  • Mesure #13 : Abolir l’impôt sur les gains en capital
  • Mesure #14 : Réforme de la fiscalité
  • Mesure #15 : Atteinte de l’équilibre budgétaire en deux ans

Bloc québécois

  • Mesure #16 : Modification du crédit d’impôt pour les aidants naturels
  • Mesure #17 : Modification du calcul des prestations de la Sécurité de la vieillesse
  • Mesure #18 : Bonification des transferts en santé aux provinces

Ce billet a d’abord été publié sur le blogue de l’Observatoire québécois des inégalités.

Inégaux face au coronavirus

Par Pierre Tircher et Nicolas Zorn

Certains groupes sociodémographiques sont davantage touchés par la crise sanitaire et économique causée par la COVID-19. La prise en compte de ces vulnérabilités peut aider le gouvernement à établir des mesures les plus efficaces. L’Observatoire québécois des inégalités publiait à cet égard une analyse des conséquences sur le plan humain et économique, ainsi que des mesures concrètes pouvant être adoptées pour limiter les effets négatifs de cette crise.

Enjeux sociaux

Certaines populations sont plus à risque d’être contaminées par le virus. C’est le cas des personnes aînées, des personnes immunodéprimées et présentant certaines maladies. 

Les conditions associées à la pauvreté – la difficulté de s’alimenter correctement et la charge mentale induite par le stress financier, par exemple – affectent directement la santé des personnes, ce qui pourrait les rendre plus vulnérables à la contamination. Les personnes moins nanties sont également plus nombreuses à occuper des emplois précaires et à faible revenu requérant un contact humain direct, typiques du secteur des services, augmentant les risques d’être contaminés.

Les personnes aînées et les personnes à faible revenu sont également plus vulnérables au chapitre de l’isolement social. En effet, au Québec des travaux relevaient que 19 % des personnes de 65 ans et plus et 22 % des personnes à faible revenu ne bénéficiaient pas d’un soutien social fort avant la crise sanitaire [1].

Par ailleurs, les pandémies passées ont révélé que les femmes pourraient y être plus vulnérables, notamment parce qu’elles sont surreprésentées dans les emplois de la santé et des services sociaux.

Finalement, la fermeture des frontières pourrait avoir un effet sur les résidents étrangers dont la vie sociale ne se limite pas au Canada ou au Québec, et qui doivent composer avec le fait de ne plus pouvoir rejoindre leurs familles et proches à l’étranger. La réduction du trafic aérien pourrait quant à elle affecter des communautés autochtones isolées qui comptent sur les ravitaillements et l’aide médicale par le biais du transport aérien.

Enjeux économiques

La crise actuelle n’est pas uniquement sanitaire : elle affecte également de manière brutale l’économie canadienne et québécoise.

Or, dans un contexte où 10 % de la population québécoise ne parvenait pas à couvrir ses besoins de base [2] et où près de la moitié de la population canadienne considérait être à un chèque de paie de la faillite personnelle [3], des aléas financiers pourraient faire basculer ces ménages dans une précarité matérielle encore plus importante.

Contrairement aux crises financières dont les effets peuvent se concrétiser après un certain temps, celle induite par la COVID-19 provoque des effets déjà visibles. Ainsi, des secteurs comme ceux de la restauration, de l’hôtellerie et du commerce du détail, qui comprennent un grand nombre d’employés à faible salaire, au statut précaire, aux avantages sociaux limités, sans protection syndicale et à qui il n’est pas nécessairement possible ou permis d’avoir recours au télétravail seront sévèrement touchés par le ralentissement économique.

Les organismes sans but lucratif du secteur communautaire souffrent également des nécessaires mises en quarantaine qui les privent des bénévoles et des levées de fonds, essentiels au maintien de leurs activités de soutien aux populations vulnérables.

Rappelons également que les personnes qui se trouvent à l’intersection de plusieurs des caractéristiques des populations vulnérables, par exemple les femmes immigrantes à faible revenu, présentent un risque encore plus grand de souffrir des conséquences de la crise actuelle.

Les mesures potentielles

Les gouvernements fédéraux et provinciaux ont rapidement pris des mesures pour venir en aide à la population, dont certaines se trouvaient dans notre analyse. Si nous saluons ces initiatives, plusieurs mesures additionnelles pourraient probablement être adoptées, comme la création d’un comité consultatif réunissant les principaux experts et organisations œuvrant auprès des plus vulnérables afin d’identifier en temps réel les enjeux auxquels ces groupes font face, de produire des analyses pour mieux évaluer leurs besoins et l’impact des mesures.

De plus, le renforcement de la coopération internationale permettrait d’aider les pays aux moyens plus limités pour lutter contre l’épidémie, sous forme d’aide matérielle ou financière, mais également par le partage bidirectionnel de connaissances et d’expertise.

Un soutien économique envers les secteurs de l’économie les plus touchés nous semble également particulièrement pertinent. À cet égard, il serait possible de favoriser une activité économique permettant de mitiger les effets négatifs de son ralentissement, en offrant aux entreprises une aide financière conditionnée au maintien en emploi des employés, des accommodements sur les horaires et les conditions de travail et en créant des emplois publics.

Par ailleurs, au vu des difficultés auxquelles le secteur communautaire fait face et de la pertinence des services qu’il offre aux populations vulnérables, un soutien accru aux organismes qui le composent nous semble particulièrement judicieux.

Nous proposons également de mettre en place une protection des consommateurs face à leurs créanciers, notamment par un moratoire temporaire sur les obligations financières désormais impossibles à atteindre pour les personnes les plus durement touchés et en s’assurant que les agences de crédit ne pénalisent pas la cote de crédit de ces personnes.


Ce billet a d’abord été publié sur le blogue de l’Observatoire québécois des inégalités.